Bars, discothèques : menaces sur la nuit parisienne ?

Publié le 15/02/2018 par Daniel DUDREUIL :: Cabinet Licences 4

professionnel-licences4

Plusieurs fermetures administratives, prononcées ces derniers mois, ont fait monter la pression auprès des exploitants, qui dénoncent « l’autoritarisme » de la préfecture de police.

« On n’a jamais vu ça ! C’est complètement dingue ! » Comme plusieurs de ses confrères, ce spécialiste de la nuit est très remonté. Il tient à garder l’anonymat, mais ne mâche pas ses mots sur l’objet de sa colère : ces fermetures « à tour de bras », qui touchent depuis peu les bars et établissements de nuit parisiens. « On a l’impression d’être sous une dictature… », dénonce-t-il.

En 2017, 210 bars, restaurants ou discothèques de la capitale ont connu une fermeture administrative temporaire (de 15 jours à 6 mois). Un chiffre en augmentation de +17,15% par rapport à 2016, selon les chiffres fournis par la préfecture de police. Et pour le seul mois de janvier 2018, 30 bars et établissements de nuit ont été obligés de cesser leurs activités. Parmi eux : les Nuits Fauves dans le XIIIe (fermé 1 mois suite à l’intoxication de 3 personnes ayant consommé la « drogue du violeur »), la Machine du Moulin Rouge (XVIIIe), fermée 15 jours après une bousculade dans la rue, ou l’Elysées Orient sur les Champs-Elysées, fermé 2 mois suite à une rixe rue de Ponthieu « ayant son origine dans l’établissement ».

En dehors de ces cas, d’autres lieux bien connus des noctambules, dans le VIIIe, le IIe, le Ierou le IVe, ont aussi été visés. « Nous ne comprenons pas cette sévérité subite », dénoncent en chœur les organisations syndicales, qui s’étonnent des motifs évoqués pour justifier ces décisions « prises de plus en plus sans concertation préalable ». « Tout le monde sait que la Machine du Moulin Rouge est un établissement tenu au cordeau. Qu’il soit sanctionné pour une rixe survenue à l’extérieur de ses murs, une seule fois, alors qu’il accueille toute l’année des milliers de personnes, nous semble clairement excessif », avance Rémi Calmon, directeur exécutif du syndicat Sneg&Co.

Les avertissements aussi se multiplient. « Tous mes confrères ont une menace de fermeture sous le coude, les courriers se multiplient », rebondit ce propriétaire de plusieurs établissements, accusé pour sa part de « trouble à l’ordre public ». « On me menace de fermeture parce qu’un couple de clients alcoolisés a insulté un policier en sortant de chez moi ! ». Le courrier qu’il a reçu évoque également des nuisances sonores, après des plaintes de riverains.

Henri de Beauregard, avocat du SNDLL (Syndicat national des discothèques et lieux de loisirs), s’étonne lui de la systématisation des fermetures courtes, pour 15 jours. « C’est une manœuvre destinée à court-circuiter la saisie du juge des référés », défend l’avocat. « Et ça met en péril les clubs, qui doivent continuer à payer leurs salariés pendant cette période », abonde Bruno Blanckaert, vice-président de la chambre syndicale des lieux musicaux et festifs. « 15 jours de fermeture, pour un établissement, c’est un arrêt de mort économique ».

Pour tenter de trouver une issue, plusieurs réunions avec la préfecture sont prévues d’ici la fin du mois. « On espère très fort que les choses vont se pacifier », lâche l’un des exploitants. « S’il n’y a pas d’apaisement, nous déposerons un recours devant la cour de justice européenne pour contester le principe de validité des fermetures administratives », prévient Bruno Blanckaert. « Car ce dispositif n’existe nulle part ailleurs en Europe ».

En chiffres

8 826 établissements « licence IV » à Paris

380 ont une autorisation d’ouverture après 2 heures du matin

200 discothèques « de type P » (60 % de la superficie utilisée pour la danse)

97 fermetures sur 210 ont été prononcées dans l’est parisien (XIe, XVIIIe et XXe arrondissements), en 2017.

Le tapage nocturne, en hausse dans le nord-est parisien

« Des fermetures administratives pour tapage nocturne, c’est toujours un échec », reconnaît Frédéric Hocquard. L’adjoint de la maire de Paris chargé de la vie nocturne a lui aussi reçu les chiffres. « En 2017, il y a eu une augmentation des fermetures pour tapage nocturne, alors que cela faisait trois ans qu’on était sur une décrue », reconnaît le Monsieur Nuit de la Ville. « Mais la situation est contrastée selon les quartiers. Ces fermetures augmentent dans le XXe, le XIXe et le XVIIIe. En revanche, elles diminuent dans le Xe et le XIe, là où on a mis en place une commission de régulation des débits de boisson ». Une structure qui réunit mairie, préfecture et organisations professionnelles pour « trouver des solutions au cas par cas, lorsqu’une infraction est signalée ». « Nous allons en mettre d’autres en place, dans le Ve et le XIIIe notamment », annonce l’élu.

Frédéric Hocquard a lui aussi « fait remonter son inquiétude » à la préfecture de police sur les fermetures récentes d’établissements. « L’objectif à Paris, c’est de trouver un équilibre entre la vie festive, et le respect des habitants ».

 

  Actualités 2018